HOMÉOSTASIE


HOMÉOSTASIE
HOMÉOSTASIE

Claude Bernard, en 1865, dans son Introduction à l’étude de la médecine expérimentale, crée le concept: «Tous les mécanismes vitaux, quelque variés qu’ils soient, n’ont toujours qu’un but, celui de maintenir l’unité des conditions de la vie dans le milieu intérieur.» Mais le mot «homéostasie» a été forgé par W. B. Cannon à partir de deux mots grecs: stasis (état, position) et homoios (égal, semblable à); il définit la stabilisation des états qui permettent les processus biologiques de la vie, telle qu’elle ressort de cette phrase extraite de The Wisdom of the Body : «Les êtres vivants supérieurs constituent un système ouvert présentant de nombreuses relations avec l’environnement. Les modifications de l’environnement déclenchent des réactions dans le système ou l’affectent directement, aboutissant à des perturbations internes du système. De telles perturbations sont normalement maintenues dans des limites étroites parce que des ajustements automatiques, à l’intérieur du système, entrent en action et que de cette façon sont évitées des oscillations amples, les conditions internes étant maintenues à peu près constantes [...]. Les réactions physiologiques coordonnées qui maintiennent la plupart des équilibres dynamiques du corps sont si complexes et si particulières aux organismes vivants qu’il a été suggéré qu’une désignation particulière soit employée pour ces réactions: celle d’homéostasie.»

Le concept d’homéostasie se réfère fondamentalement à la notion d’état stationnaire. La vie peut se définir comme liée à des états entretenus, en dépit de la tendance à l’entropie croissante, grâce à l’«histoire» biologique elle-même. Des mécanismes de régulation cybernétique permettent des essais de formalisation.

1. Les références du concept d’homéostasie

Les références de ce concept d’homéostasie sont multiples. On peut citer les postulats de la thermodynamique, l’état stationnaire, la finalité cybernétique, l’évolution.

C’est par rapport aux postulats de la thermodynamique que se manifeste la «singularité du vivant». Par le jeu des dégradations et des régulations, le système biologique apparaît comme une zone irrégulière de surdétermination, où le phénomène banal d’entropie croissante se trouve entraîné dans une dynamique originale et hypercomplexe. «L’équilibre du vivant, c’est un pseudo-équilibre dynamique d’une multitude de déséquilibres naturellement compensés» (J. Piaget).

La notion d’état stationnaire (steady state ), ou d’équilibre dynamique, est absolument essentielle. Un exemple simple peut fixer les idées. Soient les deux plateaux d’une balance: sur un plateau on met une tare constante, et sur l’autre un bocal d’eau tel que l’équilibre est obtenu. Si l’on munit le bocal d’un orifice par où il se vide, alors qu’on le remplit à la partie supérieure, on peut réaliser le même équilibre; mais il est alors «dynamique», parce qu’il résulte du régime stable qui balance entrées et sorties de liquide dans le bocal. Ainsi, un état stationnaire n’implique nullement l’équilibre chimique ou thermodynamique (sauf si le système est fermé; mais la plupart des systèmes biologiques sont ouverts).

Le système biologique tend à se donner les conditions optimales de son fonctionnement; et il est difficile, dans cette perspective, d’éviter toute accusation de finalisme. On ne peut pas actuellement parler d’homéostasie sans faire référence à la cybernétique: le mécanisme à rétroaction négative (negative feed back ) est essentiel pour dresser un modèle, au moins conceptuel, des phénomènes de régulation dans l’organisme.

La problématique biologique est celle de la genèse, de la permanence et de l’évolution de structures particulières a priori improbables.

La vie n’est pas un processus markhovien: l’histoire, le passé jouent un rôle. Le système biologique donné n’est pas seulement une structure actuelle d’espace-temps, il existe une «historicité biologique». Toutes ses propriétés structurales et fonctionnelles ne s’expliquent que comme l’aboutissement actuel du passé évolutif d’une lignée issue des étapes successives des différenciations qui ont jalonné l’histoire de la vie. «C’est dire que si le secret du fonctionnement du vivant se trouve dans sa structure, le secret de sa structure se trouve dans la logique qui a présidé à son élaboration, à l’ordre de grandeur temporel des temps de la paléontologie» (J. Piaget).

Pour survivre, l’organisme doit nécessairement se tenir en équilibre chimique, alimentaire, thermodynamique, avec le milieu. Tout changement de ce dernier déclenche une adaptation appropriée de l’être vivant, qui jouit ainsi de la faculté de maintenir à la fois l’équilibre de son milieu interne et celui de ses rapports avec le monde extérieur. Cette survie permet à l’individu, d’une part de se reproduire, et peut-être même de subir les différentes modifications, bases de l’évolution; d’autre part de manifester, au moins en ce qui concerne l’homme, son action sur le monde extérieur par son activité technique, scientifique et spirituelle. «Il faudra tôt ou tard que la biologie nous aide à comprendre comment les structures logicomathématiques sont possibles et comment elles s’adaptent de façon efficace au milieu extérieur» (J. Piaget).

2. Les niveaux de l’homéostasie

Homéostasie au niveau cellulaire

Les structures essentielles de la cellule sont: la membrane, zone frontière, qui est une partie essentielle de la machinerie cellulaire; le système mitochondrial qui répartit sur les structures membranaires des enzymes respiratoires; enfin, l’ensemble noyau-nucléole-système réticulaire endoplasmique (ribosomes et appareil de Golgi) qui réalise à la fois la duplication de l’ADN et la transcription du message génétique. Chacune de ces structures participe aux différents «programmes» intra-cellulaires qui traduisent tous la mise en action de certains gènes (cf. GÉNÉTIQUE, BIOLOGIE MOLÉCULAIRE).

On peut admettre que, dans un organisme adulte, chaque cellule différenciée contient un assortiment complet de tous les gènes déposés dans l’œuf initial au cours de la conjugaison des gamètes mâle et femelle, mais seul un petit nombre de gènes est actif. En effet, pour expliquer qu’une cellule musculaire se distingue morphologiquement et fonctionnellement d’une cellule nerveuse par exemple, on pense que l’information génétique qui préside à la genèse de ces deux cellules se différencie par le truchement d’un programme bloqué. Cela signifie que des substances (peut-être des histones) masquent certains gènes de l’ADN, qui deviennent ainsi incapables de contrôler la biosynthèse de tel ou tel matériau cellulaire.

Cependant, le programme essentiel (mitochondrial et ribosomique) échappe à ce type de régulations et aboutit à une synthèse continue des enzymes impliquées dans des mécanismes vitaux, comme celui du cycle tricarboxylique ou des systèmes d’oxydoréduction respiratoires [cf. MÉTABOLISME].

Chaque cellule possède un système complexe de contrôle qui lui permet de régler et de coordonner les activités de ses différents métabolismes en les adaptant à ses propres besoins; on peut citer: la perméabilité membranaire qui est susceptible de varier et de se modifier en fonction du métabolisme même de la cellule; la loi d’action de masse qui entre en jeu dans toutes les réactions d’équilibre A + B 燎 AB pour freiner la synthèse de AB, s’il n’est pas utilisé; l’action de rétro-inhibition, sur une chaîne enzymatique, des produits fabriqués comportant des molécules allostériques, c’est-à-dire dont la conformation varie en fonction de la quantité de certaines substances; ce mécanisme de régulation a été montré par les expériences de H. E. Umbarger et de l’école de l’Institut Pasteur (F. Jacob, A. Lwoff et J. Monod). C’est encore cette école qui a découvert les phénomènes de la répression et de la dérépression génique. Elle a abouti à une théorie qui postule, entre les gènes de codage (gènes structuraux) et opérateurs (qui déclenchent l’action des gènes structuraux), des gènes régulateurs dont le rôle est de permettre la synthèse d’un répresseur qui bloque ou libère le gène opérateur.

Les programmes de synthèse, d’une part des enzymes dont dépend la mitose, et d’autre part des enzymes qui dirigent l’activité spécifique des tissus et en déterminent la différenciation, peuvent être considérés comme mutuellement exclusifs. En effet, on remarque que l’activité mitotique d’une cellule exclut l’activité fonctionnelle. Il existe donc un moment dans le cycle cellulaire, nommé par W. S. Bullough dichophase, où la cellule «choisit» soit de mûrir et de devenir fonctionnelle, soit de se diviser en gardant ses potentialités. L’exemple le plus frappant est celui des cellules souches des tubes de la glande testiculaire: les spermatogonies se divisent et leur nombre augmente, mais seules quelques gonies deviennent des spermatocytes, puis des spermatides, et se différencient enfin en spermatozoïdes mûrs. On ignore les signaux échangés qui permettent cette homéostasie essentielle.

Homéostasie des populations cellulaires

Les éléments de l’homéostasie des populations cellulaires ne sont encore que très imparfaitement connus.

Les deux programmes de mitose et de synthèse d’enzymes «non essentielles» sont asservis dans l’organisme par des données apportées par voie sanguine à la cellule (substances produites par les tissus avoisinants ou distants, ou étrangères à l’organisme).

Il faut prendre en considération: le nombre des cellules; l’organisation aboutissant, à partir d’un nombre de cellules appartenant à 1, 2, n populations données (c’est-à-dire différenciées morphologiquement et enzymatiquement), à la réalisation d’une structure morphologique: c’est par exemple le cas de la peau reconstruite après une blessure intéressant le derme, l’épiderme et le tissu graisseux; et enfin, l’appartenance faisant intervenir la notion de self : l’organisme est capable d’éliminer les cellules (les microbes, les cellules d’un greffon, etc.) qui ne lui appartiennent pas.

Le nombre de cellules d’un type donné dépend du rapport entre les cellules qui «choisissent» le programme de mitose et celles qui mûrissent. Un équilibre doit s’établir pour qu’il existe assez de cellules adultes (les seules fonctionnelles), et une réserve suffisante de cellules souches. Leur nombre s’élève au cours de l’hypertrophie compensatrice du rein, par exemple: le rein qui reste après néphrectomie unilatérale augmente considérablement de taille. Certains auteurs admettent que ce phénomène peut s’expliquer soit par l’existence de «chalones», substances qui freinent ou bloquent les mitoses dans les cellules souches; soit par l’intervention de substances, telles que la promine d’A. Szent-Györgyi, et les nombreuses hormones (stéroïdes en particulier) qui, après ablation de l’organe, se répandent dans la circulation sanguine et stimulent la prolifération cellulaire [cf. RÉGÉNÉRATION ET CICATRISATION].

La manière dont les cellules s’organisent topographiquement pour former un tissu est liée sûrement à des propriétés très spéciales des membranes cellulaires. On trouvera mention de ces particularités dans l’article HISTOPHYSIOLOGIE ANIMALE. La perte des mécanismes qui assurent l’inhibition de contact entre cellules cartigues permet l’invasivité qui caractérise la cancérisation [cf. TUMEURS ANIMALES].

Enfin, la notion d’appartenance, la reconnaissance par la matière vivante du «soi» et du «non-soi», est la base essentielle de l’immunologie. Lorsqu’une substance étrangère (antigène) est introduite dans l’organisme, toute une cascade de réactions cellulaires se déclenche. Dans le cas de l’immunité cellulaire, l’antigène est dans un premier temps capté puis phagocyté par les macrophages. Ces derniers jouent un rôle de relais essentiel, car ils transmettent aux lymphocytes un ARN (acide ribonucléique) porteur de l’information. Celle-ci s’inscrit sur un programme préconstitué, l’ADN (acide désoxyribonucléique) nucléaire des lymphocytes. En revanche, dans le cas de l’immunité humorale, certains antigènes se fixent directement sur les plasmocytes et induisent de ce fait la synthèse d’anticorps. C’est cette homéostasie du «soi» que l’on s’efforce de contourner actuellement quand on veut sauvegarder une transplantation de rein ou de cœur; c’est elle qui est défaillante dans la tolérance des tissus cancéreux (cf. IMMUNOLOGIE, GREFFES ANIMALES).

La plupart des populations cellulaires sont en perpétuel renouvellement mais la population des neurones ne se renouvelle pas; tout se passe comme si leur organisation topographique fine, indispensable aux fonctions de relation, était relativement stable.

Homéostasie du milieu intérieur

Dans l’organisme, l’eau est répartie dans deux grands compartiments, de volume et de constitution différents, séparés par les barrières cellulaires: l’un est intracellulaire; l’autre est extracellulaire (interstitiel et vasculaire).

Le compartiment extracellulaire, appellé milieu intérieur par Claude Bernard, comprend le sang et la lymphe, et fournit aux 100 000 milliards de cellules du corps humain les conditions nécessaires à leur activité (apport de nutriments, élimination des déchets). Sa teneur en chlorure de sodium justifie cette phrase empreinte de finalité: «En fait, il est probable que le milieu intérieur reflète la composition de la mer aux temps préhistoriques où nos ancêtres cambriens trouvèrent avantageux d’inclure un peu de mer dans leurs téguments et d’en faire une partie d’eux-mêmes» (A. B. Mac Callum).

«La constance du milieu intérieur étant la condition de la vie libre» (Claude Bernard), les physiologistes ont cherché à élucider les mécanismes qui président au maintien de l’équilibre physico-chimique. En effet, les échanges entre le compartiment intracellulaire (régulièrement homogénéisé par le jeu de la circulation sanguine et lymphatique) et le compartiment extracellulaire sont essentiellement réglés par les régimes de pression et les concentrations en électrolytes, oxygène, etc. L’établissement de ces équilibres dynamiques fait intervenir d’une part des organes effecteurs (cœur, poumon, rein), et d’autre part des systèmes régulateurs comportant trois boucles : neurovégétative, endocrinienne et locale.

Ainsi, l’homéostasie du milieu intérieur s’exprime par la stabilisation de certaines régulations: celle du remplissage joue un rôle dans le métabolisme hydrominéral; pour un remplissage donné, la répartition et le jeu des pressions sont essentiels; certaines constantes, certaines concentrations sont au centre des régulations mettant en jeu des boucles complexes intéressant en particulier les reins et les poumons: il en est ainsi du pH, des pO2 et pC2, des concentrations en électrolytes et tout particulièrement de celle du sodium et du potassium plasmatiques.

Cette homéostasie de la «mer intérieure», qui aboutit à un flux capillaire convenable d’une eau convenablement minéralisée, ne se conçoit que dans un organisme ouvert sur le monde extérieur et se ravitaillant en eau, par exemple. Pour le physiologiste, tout se passe comme si certaines constantes étaient régulées.

Régulation de la pression artérielle

La pression artérielle est une constante biologique que l’organisme contrôle grâce à un système cybernétique dont les principaux composants, indiqués sur la figure 1, sont les suivants:

Les baro-récepteurs du sinus carotidien et de la crosse de l’aorte, sensibles à l’extension et à la déformation des parois artérielles, enregistrent le degré de déviation (ou erreur) de la pression par rapport à la valeur standard.

Une voie d’entrée (ou arc réflexe afférent) permet aux baro-récepteurs d’envoyer leur information vers les centres vaso-moteurs bulbaires. Les baro-récepteurs de la région carotidienne déchargent des influx dans les nerfs du sinus carotidien qui rejoignent le nerf glossopharyngien, tandis que les récepteurs aortiques utilisent le nerf dépresseur, branche du vague (fig. 2).

Les centres vaso-moteurs bulbaires réagissent au signal d’erreur en transmettant par la voie de sortie (ou arc réflexe efférent) un signal correcteur, que l’on peut diviser en deux catégories: effets sur le cœur, effets vaso-moteurs (fig. 2).

– Le cœur, organe automatique, possède une innervation modératrice (fibres du nerf vague), et accélératrice (système sympathique). Par cette double influence nerveuse, et plus particulièrement la première, le travail du cœur est à chaque instant réglé et adapté. Les influx du sympathique vont aussi vers la médullo-surrénale et, si la pression sanguine chute, le réflexe du sinus carotidien déclenche une décharge d’adrénaline qui accélère le rythme cardiaque.

– L’effet vaso-moteur, sous l’action des influx sympathiques, se traduit par une vaso-constriction qui accroît la résistance vasculaire périphérique en réponse à une chute menaçante de la pression artérielle. De même, le tonus des parois du système veineux augmente. Le centre vaso-moteur est continuellement contrôlé par des influx provenant du centre de régulation thermique de l’hypothalamus et des centres respiratoires.

À la régulation générale par la boucle de rétroaction passant par le sinus carotidien il faut associer les régulations locales. Ce sont les besoins des divers parenchymes qui règlent le niveau du débit cardiaque. Toute diminution de la quantité d’oxygène distribuée aux tissus par le sang (hypoxie) conduit à la libération d’histamine, de sérotonine ou de prostaglandines (substances «autacoïdes» de Sharpley Schäfer).

En fin de compte, les constantes circulatoires dépendent de l’intégration d’éléments divers et conflictuels, par ajustement réciproque. Les circulations locales (musculaires, coronaire, cutanée, cérébrale) avec leurs impératifs forment une voie d’entrée parasite (fig. 1), et du même coup sont intégrés dans le fonctionnement de la boucle cybernétique. Un muscle qui travaille est le point de départ de réflexes divers (en partie médullaires): vaso-dilatateurs pour les vaisseaux qui irriguent l’organe en activité; vaso-constricteurs somatiques pour les vaisseaux des territoires voisins (ce qui favorise le drainage du sang vers le muscle); adrénalino-sécréteurs et accélérateurs cardiaques (cf. appareil CIRCULATOIRE).

Régulation de la masse sanguine

Le métabolisme de l’eau et du sodium, la fabrication de protides sanguins et de globules rouges obéissent à des systèmes assez bien connus.

Homéostasie de l’eau et des électrolytes : les concentrations de Na+, K+, Ca++ sont maintenues dans de très étroites limites, à tel point que des déviations relativement légères constituent de bons indices des états pathologiques. Les mécanismes d’homéostasie qui réalisent cette invariance comportent des effets rétroactifs réflexes et endocriniens. Ainsi, la diminution de volume du sang (hypovolémie) provoque d’une part la mise en circulation de l’hormone antidiurétique diencéphalo-post-hypophysaire, qui agit sur certaines cellules du rein de façon à réduire l’élimination de l’eau; et d’autre part une hypersécrétion d’aldostérone d’origine cortico-surrénale qui favorise une hypernatrémie, et par suite un appel d’eau des tissus vers le sang.

Homéostasie des éléments figurés du sang : les concentrations des globules rouges, des globules blancs et des plaquettes sont également si rigoureuses chez le sujet sain que la numération de ces éléments fournit des signes très importants en cas de maladie. Dans les heures qui suivent une hémorragie, une contraction de la rate déverse dans le torrent circulatoire un très grand nombre de globules rouges; cela montre que la vitesse de production des tissus hématopoïétiques équilibre la vitesse d’enlèvement ou de destruction des éléments figurés du sang par les facteurs traumatiques ou les agents toxiques et par le système réticulo-endothélial.

Homéostasie du «lit vasculaire »: une blessure déclenche immédiatement un mécanisme hémostatique (réactions vasculaires locales et coagulation) qui limite toute perte de sang supplémentaire et permet ensuite la réparation des vaisseaux sanguins.

Homéostasie des pH, p2, pCO2

Certaines concentrations ont un rôle important dans les régulations et font intervenir des boucles complexes qui intéressent en particulier le rein et les poumons. Il en est ainsi du pH, des pressions d’oxygène (pO2) et de gaz carbonique (pCO2). La figure 2 montre que le centre respiratoire répond à toute élévation de pC2 enregistrée par les chimiorécepteurs des corpuscules carotidien et aortique par une accélération de la respiration.

L’homéostasie métabolique

Entre les diverses populations cellulaires existent de puissants courants d’échange de substances énergétiques (glucides et lipides), les apports alimentaires étant espacés et constitués de substances multiples, variables d’un repas à l’autre.

Un certain nombre d’organes sont essentiels à la régulation des flux de substances énergétiques. Le tube digestif décompose les aliments puisés dans la biosphère en molécules simples et permet leur assimilation. Le foie, en période digestive, met en réserve du glucose sous forme de glycogène, et fabrique des lipoprotéines; en période de jeûne, il libère du glucose, et synthétise du néo-glucose (à partir des acides aminés et du glycérol) et des corps cétoniques. Les adipocytes emmagasinent les lipides (à partir des chylomicrons ou des lipoprotéines) et libèrent un flux d’acides gras non estérifiés. Ceux-ci seront catabolisés et fourniront de l’énergie sous forme d’adénosine triphosphorique (ATP). Le muscle est le tissu électif de la transformation de l’énergie chimique (glucides, acides gras libres, corps cétoniques) en énergie mécanique [cf. GLYCÉMIE (RÉGULATION DE LA)].

Toutes les étapes métaboliques intracellulaires sont sous la dépendance de systèmes enzymatiques spécifiques, eux-mêmes asservis à une série d’hormones. En période digestive, la secrétion d’insuline, déclenchée sous l’action de l’hyperglycémie, du glucagon et des réflexes anticipateurs de S. Nicolaïdis, conduit à compléter les stocks de glycogène hépatique, à favoriser le stockage des glucides sous forme de lipides dans les adipocytes et à faire du glucose le métabolite préférentiel du muscle; ainsi s’aplatit ou se raccourcit la courbe d’hyperglycémie provoquée par l’alimentation.

En revanche, pendant les périodes de jeûne se déclenchent les réactions inverses.

Ainsi l’organisme peut se ravitailler à partir de sources très diverses de la biosphère (l’homme est omnivore) et survivre à des périodes prolongées de jeûne, ce qui explique sa liberté écologique relative.

3. Homéostasie et comportement

L’organisme est un système qui ne trouve son équilibre dynamique que grâce à son ouverture sur le monde extérieur, c’est-à-dire grâce à sa vie de relation qui intègre fonctions nerveuses et fonctions endocriniennes.

Les glandes endocriniennes périphériques, stimulées à chaque instant par des stimulines hypophysaires, sécrètent diverses hormones dont le taux décide de l’activité des récepteurs et agit par rétroaction négative pour bloquer le taux des stimulines hypophysaires correspondantes [cf. HORMONES].

De la même manière, les divers étages du système nerveux végétatif sont coiffés par un système diencéphalo-limbique dont l’activité apparaît de manière évidente après ablation du manteau cortical (Goltz, W. B. Cannon), ou par excitation directe de certaines zones (J. P. Karplus et A. Kreidl; W. R. Hess). L’activité de ce système se marque par l’extériorisation de comportement (la sham-rage de Cannon: paroxysme émotif artificiellement induit, comportement alimentaire, sexuel, etc.), et la mise en action de certains axes endocriniens (alors que l’excitation directe de l’hypophyse est sans résultat).

En réalité, la communication entre le système nerveux diencéphalo-limbique et le système hypophyse-glandes endocrines périphériques est beaucoup plus étroite et plus ambiguë. De très nombreux faits indiquent que le système nerveux est intimement lié au système glandulaire: l’existence d’un système de relations vasculaires dans le sens hypothalamus-hypophyse; les résultats des expériences de transplantation hypophysaire; l’extraction à partir du tissu hypothalamique de véritables hormones hypophysotropes (R. Guillemin); la connaissance plus ancienne d’une population de cellules, nerveuses et glandulaires tout à la fois, responsables de la sécrétion d’hormone antidiurétique.

Or, à chaque instant par l’intermédiaire des afférences somesthésiques et viscérales (distension des viscères creux, mécanorécepteurs situés dans l’épaisseur de la paroi du système cardiovasculaire, etc.), grâce à des cellules réceptrices hypothalamiques (sensibles à la température, à la pression osmotique, au pH, au taux de glucose, d’androgènes, etc.), l’ensemble hypothalamo-limbique centralise les informations venues du microcosme individuel par voie «nerveuse», c’est-à-dire rapide, et préside aux modifications nerveuses et endocriniennes qui, faisant une large part à l’autonomie des mécanismes périphériques, assurent l’homéostasie. Quand celle-ci devient impossible à maintenir en «cycle fermé», les déséquilibres enregistrés président au déclenchement des séquences comportementales – quête de nourriture, par exemple.

À l’inverse, le système hypothalamo-limbique apporte les afférences (olfactives, optiques, auditives...) du monde extérieur. Ces afférences convenablement stockées, mémorisées (rôle du système limbique et des hippocampes), vont associer le possible et le souhaitable, et conduire aux «comportements instinctifs» à partir d’un schéma initial inscrit dans l’anatomie des neurones, par le jeu des renforcements, des inhibitions et d’un véritable conditionnement opérant.

Ainsi se compose l’histoire du sujet qui, tout au long de sa vie, compare grâce à sa mémoire un comportement donné, la charge émotionnelle résultante, le résultat sur le monde extérieur ou le milieu intérieur, le comportement naissant à la jonction d’un stimulus-signe apporté par le monde extérieur, et d’une modification d’une constante du milieu intérieur qui déclenche les cascades de l’homéostasie et en fin de compte «motive» le comportement. Le cortex ne constitue plus, alors, qu’un manteau d’inhibition (H. Cushing).

4. Homéostasie des populations

L’individu étant une abstraction, son existence n’a de sens que si on le place en rapport avec les autres humains existants (l’ensemble humain étant considéré dans sa réalité écologique et dans son histoire biologique).

Comme la plupart des espèces, l’être humain, à durée de vie limitée, n’est qu’un maillon d’une chaîne qui s’allonge déjà sur des dizaines de millions d’années. Les phénomènes de reproduction sexualisée ont permis, par le jeu des mécanismes de l’hérédité, à la fois stabilité des caractères et apparition des variations évolutives; l’homéostasie des populations d’individus aboutit à la stabilisation d’un «type moyen», sans exclure la possibilité de variations; les mécanismes de ces variations évolutives restant actuellement très mal connus.

Par ailleurs, si dans la plupart des espèces apparaît l’importance des schémas soutenus par l’organisation des neurones (comportements stéréotypés codés une fois pour toutes chez les insectes par exemple), chez l’homme, les conditions particulières liées à l’apparition du langage ont permis une adaptation beaucoup plus fine et plus imprévue. Le langage oral, puis écrit, en permettant la mémorisation et la transmission d’une information codée, multiplie d’une manière exceptionnelle les solutions des problèmes que pose l’homéostasie dans les conditions écologiques réelles. Ainsi l’institution et l’évolution des traditions technico-scientifiques et culturelles (le vêtement, la chasse, l’agriculture, etc.) représentent à l’heure actuelle des éléments essentiels de la régulation homéostasique du civilisé.

On connaît l’intérêt qui s’attache à la notion de modèle dans la perspective cybernétique. La plupart des modèles spéculent sur une boucle du type décrit plus haut. Bien entendu, lorsqu’on a créé un modèle, on peut lui appliquer les ressources des techniques informatiques (calculateur analogique) et mathématiques en général (théorie des signaux, par exemple), que les ingénieurs ont développées depuis le début du siècle. Mais il n’est pas si facile de délimiter, sans grossières abstractions, les limites d’un modèle encore manipulable et néanmoins proche de la réalité biologique toujours infiniment complexe.

homéostasie [ ɔmeɔstazi ] n. f.
• 1950; angl. homœstasis (1926), de homéo- et stasis « position »
Physiol. Stabilisation, chez les organismes vivants, des différentes constantes physiologiques. Adj. HOMÉOSTATIQUE .

homéostasie nom féminin Processus de régulation par lequel l'organisme maintient les différentes constantes du milieu intérieur (ensemble des liquides de l'organisme) entre les limites des valeurs normales. Caractéristique d'un écosystème qui résiste aux changements (perturbations) et conserve un état d'équilibre.

homéostasie
n. f. BIOL Faculté qu'ont les êtres vivants de maintenir ou de rétablir certaines constantes physiologiques (concentration du sang et de la lymphe, pression artérielle, etc.) quelles que soient les variations du milieu extérieur.

HOMÉOSTASIE, subst. fém.
BIOL. Tendance de l'organisme à maintenir ou à ramener les différentes constantes physiologiques (température, débit sanguin, tension artérielle, etc.) à des degrés qui ne s'écartent pas de la normale. Ayant stimulé le système autonome avant et après opération, il a noté des altérations dans l'homéostasie du système autonome (DELAY, Psychol. méd., 1953, p. 205). Celle-ci [la régulation endocrinienne] est elle-même régie par les lois de l'homéostasie — autrement dit du maintien de l'état humoral — qui expriment cette « sagesse de l'organisme » éprise d'équilibre (BARIÉTY, COURY, Hist. méd., 1963, p. 773).
Rem. On relève la forme homéostase. Cette aptitude est connue des biologistes sous le nom d'« homéostase ». C'est la capacité de guérir si l'atteinte n'est pas trop grave, de maintenir le milieu interne constant, face au changement des circonstances extérieures, pour préserver son existence (JOLLEY, Trait. inform., 1968, p. 159).
Prononc. : []. Étymol. et Hist. 1945 (GARNIER-DEL.14 ds QUEM. DDL t. 18). Empr. à l'angl. homoeostasis (1926, W.B. CANNON ds NED Suppl.2), homeostasy (1945, NED Suppl.2), composé de homoeo- (correspondant au fr. homéo-) et -stasis, -stasy (v. -stasie).
DÉR. Homéostasique, adj. Relatif à l'homéostasie. La biosynthèse des protéines (...) et la multiplication homéostasique des cellules sont commandées par des « messagers » chimiques, qui partent de l'acide nucléique des chromosomes (BARIÉTY, COURY, Hist. méd., 1963, p. 700). Est également attestée la forme homéostatique, empruntée à l'angl. Les équilibres dans l'organisme ne sont pas, en général, des équilibres statiques, mais des équilibres homéostatiques; ils se maintiennent malgré des conditions externes variables (RUYER, Cybern., 1954, p. 55). []. 1re attest. 1963 (BARIÉTY, COURY, loc. cit.); de homéostasie, suff. -ique.
BBG. — QUEM. DDL t. 10.

homéostasie [ɔmeɔstazi; omeostazi] n. f.
ÉTYM. 1950, in D. D. L.; angl. homœostasis, 1926, de homéo-, et stasis « position ». → Stase; statique.
Physiol. Stabilisation, chez les organismes vivants, des différentes constantes physiologiques.
0 Il ne s'agit pas d'une balance des forces, au sens gestaltiste, mais bien d'une autorégulation au sens de la biologie et de la cybernétique, c'est-à-dire d'un facteur qui montre la liaison essentielle de l'intelligence avec ce qu'on sait aujourd'hui des multiples homéostasies propres à la vie organique.
J. Piaget, Épistémologie des sciences de l'homme, p. 209 (1970).
DÉR. Homéostatique.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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  • Pression du travail — Stress Pour les articles homonymes, voir Tension et Stress (homonymie). Le stress ou tension nerveuse est le syndrome général d adaptation. Il s agit d un anglicisme : ce mot signifie contrainte en anglais. Le stress fait partie des troubles …   Wikipédia en Français

  • Stress intellectuel — Stress Pour les articles homonymes, voir Tension et Stress (homonymie). Le stress ou tension nerveuse est le syndrome général d adaptation. Il s agit d un anglicisme : ce mot signifie contrainte en anglais. Le stress fait partie des troubles …   Wikipédia en Français

  • Stress émotionnel — Stress Pour les articles homonymes, voir Tension et Stress (homonymie). Le stress ou tension nerveuse est le syndrome général d adaptation. Il s agit d un anglicisme : ce mot signifie contrainte en anglais. Le stress fait partie des troubles …   Wikipédia en Français

  • Tension nerveuse — Stress Pour les articles homonymes, voir Tension et Stress (homonymie). Le stress ou tension nerveuse est le syndrome général d adaptation. Il s agit d un anglicisme : ce mot signifie contrainte en anglais. Le stress fait partie des troubles …   Wikipédia en Français

  • Stress chez l'humain — Le stress qualifie à la fois une situation contraignante et les processus physiologiques mis en place par l organisme pour s y adapter. À court terme, le stress n est pas nécessairement mauvais, sinon indispensable, mais ses effets à long terme… …   Wikipédia en Français